Dualités et vulnérabilité… une aventure de plus remplie d’apprentissages

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Un petit bout de moi et des 1000 visages qui me composent

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Comme vous m’avez déjà certainement entendu le dire, mon voyage a été un vrai parcours initiatique incroyable, plein de vie, de découvertes et d’aventures dans lequel j’ai déconstruit plein de concepts comme la dualité homme/femme, monde ancien/monde moderne, capitalisme/communisme, Occident/Orient, cadré/créatif, propre/sale, bien/mal, autorité/laxisme, travail/détente, liberté/enchaînement (tous les articles à ce sujet dans histoires de voyage)… et j’arrête là la liste, vous avez compris, j’ai fait un voyage au coeur de la dualité humaine et j’ai exploré tous ses tenants et aboutissants (mais je ne les ai pas incarné, j’en ai juste pris conscience). Du coup si j’ai vu le plus beau de ce que l’être humain peut engendrer, j’ai aussi vu le pire et je me suis souvent sentie en danger même s’il est toujours difficile pour moi de me l’avouer. Alors aujourd’hui je peux le dire, je ne sais pas d’où m’est venue la force de faire tout ça et d’affronter tout ce que j’ai eu à affronter, seule pour la partie la plus dure et en duo pour le reste mais diable ce que ça m’a remué et laissé un peu comme hébétée et insensible. J’ai eu mal à mes valeurs, mal à mon humanité, mal dans ma chaire, dans ma tête et dans mon coeur et j’en ai voulu à la terre entière de laisser tout ça se faire sous ses yeux.

Arrivée au bout de ce voyage, je me suis interrogée sur “où vivre” (j’y allais aussi pour ça au départ, trouver mon eldorado) et ma réponse ne s’est pas faite attendre une demi seconde ==> en Europe bien sûr, là d’où je viens, dans ma communauté, là où je comprends les codes et où je maîtrise la langue, là où j’ai des gens qui m’aiment et qui m’attendent, là où il y a (comme partout) de grands changements à faire et où je peux donc passer à l’action pour faire quelque chose de chouette avec mes apprentissages sans réapprendre les codes. Là où je peux rejoindre ceux qui se battent déjà et depuis longtemps pour essayer de faire quelque chose contre les horreurs que j’ai vu pendant mon voyage.
Et alors que j’étais forte de ces découvertes, la fougue de l’innocence m’a fait croire que tout allait être facile. Je me suis donc jetée la tête la première, la fleur au bec, en direction de mon pays de coeur : La Belgique, ma maison, ma terre d’accueil.

Mais je me suis trompée, tout n’a pas été facile, j’ai dû prouver de nouveau que je méritais ma place au sein de ma communauté et le choc a été très violent. Je me suis rendue compte que j’avais épousé une nouvelle dualité pour pouvoir vivre ma grande aventure. Je n’étais plus Belge, je n’étais même plus française, j’étais comme je l’avais voulu et tant cherché, j’étais enfin “apatride, marginale” et incapable de savoir comment faire pour me réintégrer. Une fois la sensation de rejet digérée, je me suis mise au travail, j’ai passé mon temps à aller dans tous les bureaux communaux nécessaires, à remplir des tas de papiers, à essayer de monter mon atelier, puis le fermer, puis remplir des CV et des lettres de motivations, puis passer des entretiens et me vendre avec ma plus belle poker face pour ne pas effrayer mes employeurs (beaucoup ont été effrayé quand même) alors que la seule chose que j’avais envie de dire c’était “AU SECOURS, aidez moi à revenir dans le système, je suis allée trop loin, j’ai perdu la carte qui me permet de retrouver le chemin de la société”. Enfin une organisation m’a fait confiance et je me suis dit “OK ça y est maintenant tout va être facile, je peux me reposer un peu et profiter du voyage car je viens de battre la toute dernière dualité dont j’avais très peur”. Alors j’ai ri avec mes collègues, je les ai taquiné sur certains sujets et ils m’ont taquiné sur d’autres, on a cherché où se trouvait l’angle dans lequel mon monde et le leur se rejoignaient et c’était gaie.

Puis il y a eu un grain de sable dans ma chaussure, une de ces petites dualités qui s’est rappelée à moi parce qu’une fois la lune de miel passée ma nouvelle organisation se trouve quand même dans le système occidental (pragmatique, expert), puis un gravier parce que mon organisation se trouve quand même dans le système capitaliste (finance, performance), puis un caillou parce que mon organisation se trouve quand même dans un système patriarcal (sexisme, genre), puis une poignée de sable parce que mon organisation est une organisation avec une loi du travail (motivation, salaire, objectifs, règle, contrat, engagement), puis une poignée de graviers parce que mon organisation se trouve quand même dans un système politisé (Manipulation, mensonges, jeux de pouvoir) et tout d’un coup je ne savais plus marcher et plus dormir parce que mon égo avait de nouveau peur, mal et froid.
Cette fois, je n’ai pas réussi à me baisser pour défaire mon lacet toute seule, je n’ai pas eu le courage d’enlever ma chaussure moi-même et de la vider… Alors j’ai osé appeler “au secours” (ENFIN !) et cette fois une armée de gens m’a entendu. Ma famille pour me rappeler d’où je viens, mes collègues pour me rappeler que mon organisation lutte contre la binarité de notre système, mes amis pour me rappeler qu’il ne faut pas se prendre trop au sérieux dans la vie mais faire confiance à ce qui doit arriver car nous sommes tous sur une route, qu’elle soit géographique ou figurée. Tout le monde s’est mis autours de cette satanée chaussure et m’a aidé à en retirer mon pied.

Depuis quelques jours je suis assise par terre en train d’enlever les grains de sable, les graviers et le caillou un à un le temps de refaire les apprentissages de chacune des dualités que j’avais exploré pendant mon voyage. Ca prend du temps parce que cette fois j’apprends à vraiment les comprendre et à les accepter. Aujourd’hui j’ai enlevé le caillou, tous les graviers et quelques grains de sable il me semble, je vais bientôt pouvoir me remettre à marcher malgré le sable que je viderai un petit peu tous les soirs jusqu’à ce que ma chaussure soit de nouveau vide et que mon égo soit de nouveau apaisé et confiant…

Alors prends soin de toi, toi aussi ami voyageur, surtout si tu es aussi un drôle d’animal qui va toujours un peu trop loin et sache qu’il y a des gens généreux et bienveillants même en ville en occident… vraiment (et si tu n’en trouves pas, envoi moi un mail – eatstowest@gmail.com – ne reste pas seul face à tes questions et aux horreurs que tu as vu ou vécu sur la route ou à ton retour) ! Voyager c’est s’inspirer mais c’est aussi se confronter à la réalité du monde qui nous entoure et ce monde n’est pas toujours très joli à regarder parce qu’il est rempli d’êtres humains et que ces humains sont des êtres complexes, forts et vulnérables, gentils et méchants, hommes et femmes, drôles et pénibles, intelligents et bêtes, grands et petits, jolis et moches, joyeux et tristes… Et chacun de ces concepts se trouve dans chacun d’entre nous…

Bonne route à tous.

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