La cuisine vivante… Une catastrophe sociale et environnementale ?

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Quand les systèmes essayent de remplacer le bon sens…

La cuisine vivante c’est quoi ?

Cours-alimentation-vivanteCopyright photo

Pour faire bref, sur papier, la cuisine vivante ça a l’air de faire vraiment beaucoup de sens :

L’alimentation vivante est un mode d’alimentation qui favorise très largement les aliments comportant un fort taux de nutriments nécessaires au corps humain, et donc porteurs de vie. Pour comporter un fort taux de nutriments ces aliments doivent par définition être naturels, non transformés, ne comportant pas d’additif chimique, et facilement assimilable par l’être humain. L’Alimentation Vivante va donc se tourner vers les aliments crus et biologiques d’origine végétale comme les fruits et légumes, les graines germées, les oléagineux, les jus de jeunes pousses comme le jus d’herbe de blé… (source)

C’est ainsi une profusion de légumes, de fruits, de superaliments, d’algues, de noix, de graines, de pousses et de germinations… Manger vivant, c’est préférer manger des amandes crues trempées et séchées au sel de mer plutôt que grillées et salées au sel raffiné.
C’est préférer manger des légumes crus ou déshydratés plutôt que cuits et recuits pendant 3h. C’est prendre plaisir à déguster une salade de légumes frais, de jeunes pousses et de germinations. C’est découvrir les superaliments, ces aliments non hybridés par l’Homme (maca, spiruline, baies de goji, mûres blanches…) et qui ont gardé au travers du temps une puissance nutritionnelle bien plus grande que nos légumes et fruits cultivés. C’est déguster des tartes et des gâteaux faits de noix de cajou, de fruits, de cacao cru ou d’huile de coco, aussi délicieux que beaux. Car la beauté, c’est aussi la vie, la convivialité et le bonheur de partager un plat. Loin de vous forcer à manger vos carottes râpées dans votre coin, l’alimentation vivante est une invitation au partage. (Source)

Bref, l’alimentation vivante c’est un système alimentaire qui pense santé et qui met le corps et sa biologie avant toute autre chose sur la table. Jusque là… Très bien ! Bon concept, le rêve !

 

Les limites du système

MixofFoods-1200x895Copyright photo (article intéressant au passage)

Mais alors si ce système alimentaire prend en compte notre santé, pourquoi ce titre si aguicheur et prometteur d’un article impertinent ?!?

La majeure limite de ce système, selon moi, réside dans la simple expression de deux mots : SUPER-ALIMENTS !

Des aliments bons pour la santé.
Il n’existe pas de définition scientifique officielle. Cependant, l’Oxford English Dictionary définit un superaliment comme « un aliment riche en nutriments, considéré comme particulièrement bénéfique en termes de santé et de bien-être».

Les supers-aliments sont donc des aliments contenant une belle et utile collection de micronutriments apportant à notre corps la base de ses besoins journaliers en minimisant l’apport de nutriments “vides”. Mais alors que la cuisine vivante nous promet une agriculture intégrée, naturelle, saine, en biodynamie et en toute cohérence avec les cycles de la nature, la vérité, elle, est que la personne ayant animé la conférence à laquelle je me trouvais vit, comme moi, en Belgique.
Et en fait, en Belgique, comme dans grand nombre de pays occidentaux dans lesquels cette nouvelle tendance va chercher ses adeptes (blancs, CSP+, entre 30 et 50 ans, résidants d’ancien pays colonisateurs, privilégiés… vous voyez où je veux en venir n’est-ce pas ? indice : Patriarcat) les avocats, les noix de cajou, les noix de coco, les amandes, les graines de lin, les graines de tournesol, les grenades, les mangues, les dragon fruit, l’ananas, le soja (…) ne poussent pas dans les jardins !

Oui, tous ces aliments poussent dans les anciens pays colonisés comme l’Asie du sud-est, l’Amérique latine, les pays du maghreb ou encore le moyen orient, pays dans lesquels les normes sociales pour les travailleurs, environnementales pour le respect de la nature et de la biodiversité  ne sont pas la priorité des Etats. Et là, je ne vous ai même pas encore parlé de l’impact du transport de ces denrées périssables, de leurs conditions de stockage, de leurs cycles de maturation…

Alors, vous vous en doutez j’ai posé la question à cette dame qui faisait l’apologie de ce système tellement incroyable qu’il parait fou qu’il ne soit pas devenu la norme :  “Comment justifiez-vous l’argument environnemental et le principe d’agriculture intégrée dans votre système quand en fait vous utilisez au moins un produit à fort impact carbone (et social) sur chacune des photos de recettes que vous êtes en train de nous montrer à l’écran”… Et sa réponse ne s’est pas faite attendre

“Oui je sais enfin après les fruits exotiques peuvent être considérés comme notre droit à un petit plaisir égoiste dans notre assiette”…

C’est vrai que quand on pense déforestation, perte de la biodiversité, travail des enfants, réchauffement climatique, famine… on se dit qu’on a bien le droit à un “petit plaisir égoiste (quand même) dans notre assiette”… surtout quand c’est dans CHAQUE assiette présentée ! Non ?

Petit rappel très pratique :

Dans un supermarché, on retrouve dans le même rayon des pommes (2,50 €/kg) et des ananas (2,50 € la pièce, soit 1,5 kg)… Les pommes viennent de chez nous, l’ananas vient de l’île de la Réunion, du Costa Rica… et a donc dû parcourir 15 000 kilomètres en avion pour terminer à côté des pommes. Il aura donc fallu plus de 2 litres de kérosène pour acheminer un ananas jusqu’en Belgique, ce qui correspond à pratiquement 5 kg de CO2 libéré pour un ananas. Cela représente la quantité de CO2libéré pour la production de 10 kWh d’électricité au moyen d’une centrale électrique au gaz.

Le reste de l’article est très moralisateur et culpabilisant mais si vous voulez vraiment le lire : Ici

 

Equilibre des propos et équilibre alimentaire

légumes européens de saison
Copyright photo (article, stat obsolètes)

Ce que j’ai donc compris de l’alimentation vivante, ou plutôt ce qu’on m’a présenté ce 19 janvier au détour d’une conférence facultative de ma formation de nutrition au Cerden*, c’est que l’alimentation vivante est un système alimentaire (un régime donc) qui se “pense” avec sa tête pour faire du bien à son corps. Ou encore, un système qui néglige ou nie tout aspect culturel, social, environnemental, somatique et émotionnel à la nourriture. Dans ce genre de cas, vous savez maintenant que dans mon monde à moi il y a la lumière de l’incohérence qui s’allume. Je vous ai en effet récemment parlé de l’importance de laisser de l’espace à la culture, à l’aspect social et humain ou encore aux émotions (de façon consciente et modérée) dans l’alimentation (article ici). Aujourd’hui je vais me permettre d’ajouter combien un régime alimentaire “mental”, ne prenant  aucunement en compte les aléas de la vie et qui qualifie tout ce qui sort de son système de “craquage” semble justement faire l’impasse sur tous ces aspects et favorise ce qu’on appelle le body shaming, plus communément appelé la moralisation. La mise en place d’un tel système alimentaire est finalement la mise en place d’un nouveau modèle d’appréciation par le bien et le mal de comportements alimentaires sans prendre en compte la base et la cause de ces comportements : LA VIE !

Dommage, les plus hédonistes d’entre nous repasserons… Et puis les tolérants aussi, les militants environnementaux, les défenseurs des droits de l’Homme , de l’équité raciale, de l’équité des genres et ceux des droits des animaux (…).

Dans la nutrition, comme dans tous les domaines, il y a le bon sens et il y a l’extrémisme. Si le bon sens est bien souvent créateur d’alignement, de tolérance et d’ouverture d’esprit, il semble que l’extrémisme, lui, a une petite tendance aux effets collatéraux qui peuvent avoir des conséquences vraiment terribles sur le monde qui nous entoure. Pour autant, qu’on se comprenne bien, un peu d’extrémisme parfois, s’il est bien controlé et en toute conscience, peut être très bénéfique pour sortir d’un système obsolète ou pour se mettre en action d’après le principe très romantique du “vise la lune, au pire tu arriveras dans les étoiles”.

En d’autres termes, les extrêmes sont bénéfiques pour briser les chaînes d’un système obsolète mais en aucun cas les fondements de la reconstruction du système suivant.

Pour en revenir au sujet qui nous intéresse, oui il est temps que l’aspect santé de notre alimentation monte bien plus en conscience dans toutes les strates de notre société mais non il ne peut pas être le seul et unique argument guidant nos modes de fonctionnement. L’impact de la production des denrées que nous utilisons en cuisine sur notre environnement ne peut pas être mis de côté, même si cette donnée elle-même ne doit pas devenir non plus notre prochaine religion. Il est important de manger local ET équilibré et si vraiment on a un crush pour l’avocat ou les aliments exotiques, il faut aussi savoir se faire plaisir, c’est important, sans oublier les principes de la modération (donc certainement pas à chaque assiette). Du coup, la cuisine vivante pourquoi pas, en tant que source d’apprentissages, c’est très intéressant… en note de bas de page ! Mais aujourd’hui, le plus important reste encore de manger varié, de favoriser les produits locaux, de saison, économiques, bio de préférence quand on a un doute sur les pratiques du producteur (le mieux étant encore de connaître ses producteurs et de prendre le temps de les sélectionner d’après leur philosophie ou de produire soi même). Et le tout, sans oublier d’où on vient, avec qui on souhaite partager tout cela et dans quelle humeur (remember, social, politique, soin de soi).

* Pour info, le Cerden ne valorise pas plus l’alimentation vivante que tout autre système alimentaire et nous propose ces conférences facultatives pour nous faire réfléchir plus que pour nous imposer un nouveau modèle… Enfin j’espère ! (wink)

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