Manger seul.e… Un acte politique ? Social ? Les deux ? (2/4)

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Parce que chaque petit geste que nous faisons est un acte engagé…

Cet article va être écrit et posté en 4 étapes. Rendez-vous chaque mercredi à 11h à partir du 02/01 pour découvrir mes réflexions, défis et recettes sur la question de “manger seul.e” et les différentes représentations que cet acte peut ou pourrait avoir selon vous, la société ou moi dans notre rapport à nos assiettes et à notre table…

Mais donc pour vous… “Manger seul.e”, c’est plutôt…

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Manger seul.e un acte social… ?

Alors que le repas est sensé être un moment de partage, d’échange et de joie, la réalité pour beaucoup d’entre nous peut être très différente. Certains sont seul.e.s à la maison, d’autres se sentent seul.e.s même accompagné.e.s, d’autres redoutent les grands débats, argumentations, prises de paroles et partage du temps de parole… Bref, nous ne sommes pas égaux devant ce que représente le repas dans notre quotidien.

Manger seul.e... Comme un acte social ?

Les règles sociales que nous utilisons encore aujourd’hui dans certaines strates de la société européenne datent d’un modèle qui ne correspond plus vraiment à la réalité du quotidien. Dans cette période de transition, hommes ET femmes subviennent financièrement aux besoins du foyer et certains foyers ne sont composés que d’une seule personne.

Pour essayer de gagner du temps, on trouve des parades, on se fait livrer ses courses directement à la maison, on évite les recettes demandant trop de préparation ou d’anticipation comme la conservation ou la fermentation (on ne sait d’ailleurs plus très bien comment cela fonctionne), on n’apprend plus vraiment à cuisiner, les repas en famille riment avec automatismes, télé, smartphones et autres tablettes ou encore disputes, débats et frustration…
Pour éviter de se retrouver seul.e face à soi même, on réinvente le repas, au bureau ou à la maison on mange un sandwich (à remplacer par n’importe quel snack) en 10 minutes devant notre ordinateur (à remplacer par n’importe quel écran ou application de vidéo), on ne fait plus attention à la qualité de nos repas tant qu’on a la sensation de se “remplir”…
Et les conséquences de ce nouveau rythme sont nombreuses, on enchaîne les régimes comme on collectionnait les timbres étant enfant, les intolérances deviennent monnaie courante avec l’augmentation constante de la consommation de nourriture industrielle, les troubles du comportement alimentaire ne sont même plus remarqués tellement ils sont légion, le regard que l’on porte sur nos corps est de plus en plus dur et perfectionniste… Mais que nous est-il arrivé ?! Et que faire pour inverser la tendance ?

Seul.e ? 

Et si on osait se demander pourquoi manger seul.e nous effraie ? P ourquoi lorsqu’une occasion se présente on se rue sur son smartphone, netflix, un livre, une revue qu’on lit à peine…?  Et pourquoi prenons-nous l’habitude d’avaler rapidement des restes, des tartines, une soupe, un repas préparé et de ne faire du repas qu’un “moment contrainte” de plus dans une journée ==> “il faut bien se nourrir” !

Je suis convaincue qu’il existe un modèle dans lequel il est possible de choisir de temps en temps de faire d’un repas un moment pour s’aligner (ou se réaligner) avec soi-même et ainsi s’assurer qu’on est capable de recevoir les challenges que le monde nous a préparés. Et je suis convaincue que comme le vin, le café ou le thé, avec un peu d’entrainement, il est possible d’apprécier ce moment de détente, de centrage, le chérir et en faire une source d’énergie positive. Rentrer dans la spirale vertueuse du “je me fais plaisir et je m’équilibre et in fine sans le vouloir, je vais rayonner sur les situations et les gens autour de moi”.

Quelques questions clefs : Comment je me sens ? Si je rentre en moi et que j’écoute ce que mon corps réclame au plus profond de moi qu’est-ce que j’entends ? Et si pour une fois j’oubliais le care, que je ne travaillais pour aucune cause, que je ne lisais pas, ne me laissais pas distraire, n’oeuvrais à rien, n’écoutais aucune discussion..?

Un petit défi pour asseoir cet acte social  ?
Un repas plaisir même seul.e face à soi même : Pour ce défi, je vous propose de casser la routine et de vous sortir le grand jeu… Parce que vous le méritez bien !

Que vous sachiez cuisiner ou non, ce défi parle de se mettre aux platines et de se concocter quelque chose qui vous fera vraiment plaisir, de découvrir la joie d’avoir oeuvré pour vous même et de vous laisser surprendre par le plaisir de l’acte de créer. Pour les supers débutants, ce repas peut-être aussi simple qu’un petit déjeuner pancake, smoothie et granola un dimanche matin sur fond de votre musique préférée, pour les plus téméraires un souper tartare de saumon, magret de canard à l’orange sur une belle table de fête ou encore pour les vagabonds un poulet cajou façon thaï, des gyozas maisons ou un donburi de poisson cru… alors tentés ?

Adieu tablettes, smartphones, télévision et autres annonceurs de mauvaises nouvelles, l’idée ici est de se faire plaisir. Alors que ce soit en lisant un roman qui fait sourire, en regardant une comédie, en musique, en écoutant simplement votre corps, sur votre table de cuisine, ou de salle à manger, depuis votre canapé ou votre bain, faites tomber les barrières sociales, faites ce qui vous plaît, tant qu’il y a un véritable acte créatif et de plaisir derrière !

Être aligné et savoir avoir du fun seul.e avec soi-même pour s’assurer qu’on est capable de recevoir les challenges que le monde nous a préparés… Et enfin apprécier ce moment de détente, le chérir et en faire une source d’énergie positive pour transformer “manger seul.e” en un acte social… presque un service que l’on rend, in fine, à la société, non ?!? CQFD !

En groupe ?

Et si on commençait par se demander si le foyer ou le groupe rime plus avec « plaisir et choix » ou « contrainte et soumission » ? Si on osait se demander quand, pour la dernière fois, on s’est assis à table avec des gens, non par habitude, peur de la solitude ou obligation, mais par choix, purement et simplement un choix conscient emprunt d’enthousiasme ?
Et si l’atmosphère dans un groupe ne pouvait rester bonne et le terreau fertile au bien-être qu’à la seule condition que chacun des membres garde un équilibre sain entre “don de soi” et “soin de soi” ?
Et si tout ça commençait par les repas, coeur du rassemblement et acte social de base dans un groupe peu importe sa maturité et sa culture ?

Je suis convaincue qu’il existe un modèle dans lequel on peut dire “non” au groupe de temps en temps et choisir quand le moment est opportun pour “être avec”. Et je suis aussi convaincue que pour y arriver il faut “simplement” s’écouter, se poser quelques questions clefs, y répondre en toute franchise et assumer cette réponse en s’autorisant à aller une fois ou l’autre à contre-courant et en s’autorisant à s’être trompé.e si au final le résultat n’est pas à la hauteur de nos attentes.

Quelques questions clefs : Comment je me sens ? Ai-je eu l’occasion de donner mon consentement sur les éléments importants pour moi de ce repas ? Est-ce que j’ai de l’énergie à partager avec les autres ? Est-ce que je suis d’humeur à écouter et réagir avec bienveillance aux discussions ? Si je choisis de rejoindre le groupe pour manger, quel est l’état d’esprit dans lequel je prends cette décision ? Qu’allons nous manger ? Si c’est important pour moi, ai-je eu l’occasion de participer à l’élaboration du repas ou du menu ? Si je suis en charge de la réalisation du repas, suis-je satisfait.e de ce rôle ? Est-ce que je me sens valorisé.e dans ce rôle ? Quels sont les besoins et les valeurs que j’exprime au travers de cet acte ?

Un petit défi pour asseoir cet acte social ?

Manger seul.e au travail mais pas devant son ordinateur : Une fois de temps en temps, quand on sent que la coupe se remplie, prendre vraiment le temps de manger mais sans se mêler au groupe. S’isoler, éteindre son GSM, ne pas s’asseoir devant son ordinateur et juste profiter d’un peu de calme ou même être entouré.e, à la cantine par exemple, mais être face à son assiette, au calme avec soi-même en s’autorisant à rêvasser quelques instants.

Chacun son tour être la personne nourricière du foyer : Dés 13 ans en Corée du sud, les élèves de l’école Silsangsa faisaient, chacun leur tour et une fois par semaine, le repas pour leurs copains de dortoir et surveillant (8 personnes). Avec cette information en tête, faire une fois de temps en temps un repas pour sa famille même durant la terrible période de l’adolescence ne devrait pas être un défi insurmontable pour vos chers enfants au corps qui change, ou votre conjoint.e, ou vous même… Alors hop, ce défi vous invite à fixer une date pour un de ces chamboulements de routine qui va inviter chaque membre de votre tribu à passer “aux platines” pour régaler sa communauté, des courses jusqu’à la dégustation. Un bon moyen de travailler sur le sujet de l’autonomie, de partager des recettes, d’apprendre à gérer un budget et de permettre à toute la famille de se rendre compte de la lourde tâche d’être un parent nourricier chaque jour pour un foyer. Et les recettes peuvent être aussi simples que deux oeufs à la coque accompagnés d’une salade composée pour commencer, d’une poêlée de légumes ou d’une soupe, une part de quiche + salade etc.

Est-ce que ce défi va vous demander encore plus de travail les premières fois afin d’asseoir de nouvelles notions au sein de votre foyer ? Cela ne fait absolument aucun doute ! Mais rendre les membres de son foyer autonomes sur des sujets aussi important que l’alimentation, n’est-il pas le “nerf de la guerre” ?

Avec de plus jeunes enfants, leur proposer d’être responsable d’une partie du repas ou du choix de la recette/des courses, faire des équipes afin d’accompagner l’enfant dans sa découverte des ingrédients et techniques culinaires.

Et si vous êtes vraiment joueurs, pourquoi ne pas pousser le défi jusqu’à choisir un sujet de discussion léger à l’unanimité pour le repas, veiller à la répartition des temps de parole et finir la soirée par un jeu de société pour quand même se rappeler que même autonome nous avons du plaisir à être ensemble…?

 

Et si vous tentez un de ces défis, n’hésitez pas à me raconter comment vous avez adapté ces quelques idées et ce que cela a apporté pour vous, votre foyer et votre vision du repas seul ou de l’autonomie alimentaire.

Prochaine étape, manger seul.e comme acte politique… à la semaine prochaine !

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