5. TDM : Faire le point après deux mois

FR only… too personal (understand “too complicated”) to be translated in a language that is not my mother tongue. Sorry guys ! (But if you speak french and english and you want to translate this post, be my guest, I would love that !)

Déjà 2 mois de passé et déjà des changements à l’horizon

L’idée de cette grande aventure est avant tout d’en apprendre un maximum sur les produits des pays étrangers et sur les techniques culinaires et recettes de nos voisins de l’Est. Mais, sans le vouloir, je me rends compte que ce voyage est aussi finalement un travail sur moi, mes envies, mes besoins, mes valeurs, mes relations avec les autres, mes limites, mes rêves et finalement une belle et grande introspection sur ce que je cherche dans la vie et ce que “j’attends de la vie”… houuuu ça fait froid dans le dos.

Doucement, je découvre de nouvelles portes qui s’ouvrent devant moi et je n’ai jamais été aussi enthousiaste à l’idée de les ouvrir (oui enfin… ça dépend des jours).

Le cuistot qui est en moi

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J’aime cuisiner, mélanger, essayer, remuer, goûter. J’aime le simple, le coloré, j’aime le surprenant et surtout… j’aime manger ! Mais je n’aime pas chipoter, dénaturer, je n’aime pas la friture à outrance, la routine en cuisine, je n’aime pas aller chercher des produits complexes et chers même si pourtant j’aime découvrir de nouvelles choses, je n’aime pas vraiment les plats en sauce et je n’aime pas l’idée de passer 5 à 10h en cuisine pour satisfaire des estomacs inconnus. Et plus que tout, je n’aime pas l’idée de devoir plaire au plus grand nombre avec ma cuisine.

Du coup j’en viens à la conclusion que je ne serai jamais employée ou responsable d’un restaurant et encore moins d’un restaurant étoilé. J’aurai besoin de quelque chose d’assez petit pour que l’humain, la découverte, le partage et la créativité soient au centre de mes préoccupations. Je rêve d’avoir une cuisine familiale dans laquelle je peux accueillir des concepts différents. De l’atelier culinaire au banquet, en passant par le repas à thème et l’atelier recherche de nouvelles saveurs… Voilà plein de pistes à étudier.

Et plus que tout, je souhaite que ma cuisine soit empreinte d’un certain respect pour la nature. Je pense donc produire mes légumes, herbes et épices moi-même. Je me doutais bien que ce voyage allait m’emmener dans cette direction, mais aujourd’hui c’est une certitude. Je pense d’ailleurs pousser le vice jusqu’à produire mon propre miel, mon fromage, mes yaourts et mes oeufs… Avoir un bon mix de potager, animaux etc. Une sorte de maison comme celle de Fidan ou de Nana finalement où je pourrai accueillir les voyageurs.

 

Mon féminisme à l’épreuve de cultures différentes

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Je ne vais pas mentir, la traversée du Moyen-Orient pour une féministe indépendante… C’est beaucoup moins compliqué qu’il n’y paraît mais j’ai eu quelques moments de flou artistique. Finalement, je suis assez libre de m’habiller comme je le sens tant que je ne rentre pas dans les mosquées ou les églises (musulmans, catholiques ou orthodoxes, même combat…). Les gens qui me jettent des regards inquisiteurs ne sont pas ceux auxquels je m’attendais d’ailleurs…

Les pays se suivent mais les expériences, les relations et donc les gens ne se ressemblent pas. J’ai plusieurs fois eu la sensation d’être prise pour une pauvre petite chose qu’il fallait secourir alors que j’avais la situation parfaitement sous contrôle et que je n’avais absolument pas besoin d’aide. J’ai aussi souvent eu la sensation d’être un porte-monnaie et rien de plus. Ça m’est arrivé de me sentir comme une sorte de bout de viande au milieu d’une meute de loups affamés mais la plupart du temps je me sens plutôt comme une curiosité. Il est parfois pénible d’être une femme seule dans des pays où l’on ne trouve que très peu de femmes dans les rues. Mais finalement, les personnes les plus dures avec moi, celles qui vont me regarder avec pitié ou colère sont généralement plutôt les femmes elles-mêmes. Bien sur, il y a des hommes qui dépassent les limites, qui me regardent comme si j’étais nue dans la rue ou comme si j’étais habitée par le péché. Mais finalement ils sont quand même rares et j’ai quand même le sentiment que c’est une sorte de commun accord entre hommes et femmes de ne pas faire bouger les choses et de maintenir le statu quo.

J’ai été (désagréablement) surprise de découvrir que certains hommes prenaient mes “non”  pour un jeu. Puis j’ai découvert que beaucoup de femmes européennes faisaient du tourisme sexuel dans ces régions du monde (surtout en Turquie). Les Européennes sont donc vues comme des opportunités de se soustraire au poids du mariage et de l’engagement. Pour autant, j’ai eu le sentiment qu’il y avait quand même un certain respect pour ces femmes blanches qui s’assument sexuellement et voyagent seules dans des “contrées éloignées” sans avoir peur du danger qui les entoure. Du coup naturellement, j’ai décelé un certain dédain pour les hommes européens. D’après le cliché local, “ces hommes” qui ne sont pas capable de “satisfaire” et “retenir” ces femmes libérées ne sont pas dominants, ils ne sont donc pas vraiment “des hommes”. Ce que les gens ici ne savent pas, c’est que ces femmes prennent leur liberté elles-mêmes. Car finalement les vrais hommes du changement, ceux qui luttent pour une égalité hommes/femmes, ils ne sont pas spécialement Européens. Et il n’est pas rare de retrouver des “modèles” d’insensibilité, de manque de culture et de “virilité” en Europe aussi (et les guillemets comptent).
Et c’est marrant, car si j’ai eu envie de distribuer des claques aux hommes qui ne comprenaient pas que “non c’est non” et que je ne comptais pas passer ma soirée à leur expliquer que je n’allai pas faire leurs 4 volontés… j’étais encore plus fâchée de les entendre parler des “hommes” et d’y aller de tous les clichés possibles et imaginables à leur compte.

En parallèle, j’ai été ravie de rencontrer des hommes et des femmes, venant du monde entier (Turquie, Iran, Chine, Russie, Pologne, Géorgie) qui partageaient ma vision du monde, de la vie, mes valeurs et mes envies. Des gens qui entrevoient les mêmes changements que moi, peu importe leur culture et leur langue maternelle. Des hommes qui partageaient mes idées sur l’égalité hommes/femmes et qui se battaient aux côtés de femmes pour essayer de faire avancer les choses malgré la politique, malgré la religion et malgré la violence dont sont capables ceux qui ne souhaitent pas changer. Des gens qui ont été capables de me livrer des confidences qui m’ont permis de me rendre compte combien ce qui fait nos différences réside dans notre façon d’envisager la vie et non dans nos habitudes et notre culture.

J’en viens donc à la conclusion que ce n’est pas cette région du monde qui fait la différence dans les relations hommes/femmes mais plutôt les gens, ce qu’ils dégagent, ce qui les anime et ce pour quoi ils se battent. Car il y a le même genre de personnages en Europe finalement, qu’ils obligent leurs femmes à porter un voile dans les pays musulmans ou qu’ils fassent simplement pression sur elles au travers de commentaires sur leurs corps, le régime qu’elles devraient faire, les habits qu’elles devraient porter, la coiffure qu’elles devraient avoir et toutes ces choses qu’elles devraient faire pour être soi-disant “parfaites”. C’est cela qui génère les différences de point de vue et les incompréhensions selon moi plus que notre religion, notre couleur de peau et finalement nos origines (qui, vu d’ici, ont plus l’air d’une rapide couche de couleur qui cache un dessin très complexe). Il me semble que la pression sociale est différente selon les pays mais que ça reste elle qui force les gens à subir leur vie plutôt qu’à la sublimer.

 

La solitude liée au “voyage en solo à long terme”

Change_New life_Friendship_Changement_Nouvelle vie_Etre entoure_Ensemble_Amitié

Voyager seule, cela veut dire rencontrer plein de chouettes personnes avec qui partager un bout de son aventure… Pas très solitaire finalement. Cela sous-entend aussi dire “au revoir” tous les 3 jours et ça, ce n’est pas toujours facile. Et pour finir, surtout dans les pays que j’ai choisis, cela inclut des moments en solitaire pendant lesquels on peut se concentrer sur ses objectifs et se retrouver face à soi-même, histoire de faire le point et s’assurer qu’on est toujours en train de construire la bonne histoire.

2 mois après le départ, je suis ravie de découvrir que ma solitude et moi-même allons pas trop mal ensemble à l’autre bout du monde. Il y a parfois quelques coups de cafard pour des raisons diverses et variées – comme un attentat dans la ville voisine ou des raisons personnelles – mais globalement mes plus belles découvertes se produisent lorsque je suis seule (puisque je n’ai que mes propres objectifs à prendre en compte). Ma rencontre avec Vedat à Kars ou encore avec les femmes cueilleuses de thé à Rize… 2 très beaux souvenirs de régions sans touristes en Turquie.

Pour autant ce n’est pas tous les jours faciles et comme dans la vie de tous les jours, il y a des hauts et des bas. Les hauts permettent de rencontrer un maximum de belles personnes, vivre des aventures incroyables et collecter des informations. Les bas sont une super occasion de profiter de moments plus studieux pour partager les informations précédemment récoltées et prendre le temps de donner des nouvelles. La vie s’organise donc au rythme des besoins du corps et de l’esprit et non au rythme imposé par la société… Très agréable.

 

A suivre…

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