Comment ça marche? Le thé turc – Rize

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Le thé turc, une institution

J’ai pu faire la connaissance d’Arzu, Fatma, Güner, Gönul et Hava (la propriétaire des lieux) au détour d’une ruelle que je n’étais pas sensée emprunter. Tout de suite intriguées par ma volonté de les prendre en photo, elles n’ont pas hésité à me tendre leur outils et à me proposer 3h de travail contre un picnic en leur compagnie et la promesse de répondre à mes questions autant que notre différence de langue nous le permettrait. Enfin c’est pas exactement comme ça que ça a été présenté, mais c’est bien ce qui s’est passé.

Picnic time in the field_Cay_Rize_Turkey12h45 dans les champs de thé – Picnic de fortune

J’ai donc passé une demi journée sous 40°C, entourée de 5 femmes plus curieuses de ma visite les unes que les autres, à jouer du sécateur et à tenter de répondre à leurs questions sur l’absence de “mari” et d'”enfants” dans ma vie à 31 ans… Une sacré expérience !

Je peux donc témoigner, travailler à la cueillette du thé est un métier difficile qui fait mal aux mains, au dos, au pantalon (vu la taille du trou qui se trouve maintenant à mon genoux, je me demande s’il est bien nécessaire de continuer à voyager avec mon pantalon africain) mais pour lequel, ces femmes au grand coeur, donnent tout ce qu’elles ont de cancans, de fou-rires, de chansons et de bonne humeur.

Rize_Turkey_Tea_Women in the field_Eats To West_Foodtrip
Votre fidèle serviteur en action.

 

Des champs au verre, voilà ce que j’ai découvert:

Rize, dans le nord est de la Turquie, fait partie des 5 villes productrices de thé (avec Trabzon et Hopa par exemple) pour çaykur, la grande marque de thé turc.

La sorte de thé cultivé à Rize est le  Camellia sinensis sinensis (Yunnan). Ce thé résiste à des conditions un peu moins tropicales que l’Assam (Wikipedia). Un peu comme pour le raisin, le thé pousse en flanc de colline/montagne sous forme de petits arbustes d’environ 1m de hauteur.

Rize_çay plantation_The_tea_Women in the field_TurkeyLa cueuillette, une histoire de femmes. 

 

Les précieuses feuilles sont récoltées à la main, par des femmes qui passent 10h au soleil de début juin au 21 août. La cueillette se fait en “round” et en ligne. De cette façon, aucun arbuste n’est oublié, personne ne se gène (chacune sa ligne) et les arbustes ont le temps de se régénérer avant que les cueilleuses ne reviennent à leur point de départ. C’est à l’aide d’un sécateur muni d’un sac en toile, qu’elles récoltent les jeunes pousses (vert clair).

Rize_Cay plantation_Tea_The_Picking_Women_TurkeyL’outil de torture – Finalement bien pratique pour ce qu’il est sensé faire

Les tout jeunes bourgeons encore enroulés sur eux même et encore pourvus de duvet (récoltés uniquement à la main, sans sécateur) seront utilisés pour faire du thé blanc. Ce thé est le plus pure et sain qu’on puisse obtenir. Les autres feuilles seront utilisés pour produire le thé vert ou noir.

Tea leaves_Rize_Turkey_Feuille de théFeuilles de thé pour la production de thé vert ou noir.

Les femmes vident donc leurs poches dans de grands sacs en toile qu’elles traînent avec elles le long des allées. Les premiers mètres sont évidemment les plus simples mais plus le sac se remplit, plus la charge est lourde et plus le travail devient pénible.

Ces sacs sont vidés dans de plus grandes toiles alors regroupées et liées ensemble en ballot. Les ballots sont jetés, par des hommes, en bas de la colline. Ici, c’est par un jeune homme que ce travail est fait. Il s’appelle Hasan, et comme Fatma, il travaille dans les champs de thé pour payer ses études.
A la fin de la journée, un camion passe récupérer les feuilles de thé et les emmène à Gündogdu à l’usine çaykur.

Caykur_rize_Company_fabricasiEn route pour l’usine çaikur

Ici, les feuilles vont subir plusieurs traitement : séchage, découpe, fermentation (thé noir uniquement, le thé vert ne subit aucune fermentation), broyage, séparation des particules pour ne garder que le thé et enlever les branches qui serviront de combustibles pour l’usine, 30 minutes de séchage à 100°C, classification de 1 à 4 (1 étant la poudre la plus fine et donc de meilleure qualité, 4 la moins bonne) et empaquetage.

Je n’ai eu l’autorisation de ne prendre aucune photo mais la visite de la chaîne du thé noir de l’usine était très intéressante.
Caykur produit donc plusieurs séries de thé noir, de thé vert (même procédé de fabrication sans la fermentation) et de thé blanc (Aucune transformation, le thé blanc est juste récolté à la main, séché et mis en sachet).

Et pour la petite anecdote, “Elma çay” (thé à la pomme) n’est pas du thé mais bien de la pomme séchée, sucrée et agglomérée.

 

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