Après un an de voyage, peut-on encore voyager comme avant ?

Ou pourquoi beaucoup de voyageurs au long terme finissent par renier le tourisme ?

Pour aller directement aux recommandations pour voyager de façon plus éthique sans lire tout mon blabla ==> ici

Travel_boring holidays or big project_ennui ou projet_Newlife_changement_orgainsation 3

J’ai commencé à voyager en 2007 et déjà à l’époque je m’inscrivais plus dans une démarche de voyage que de vacances. La différence ? Le voyage, vous vous chargez de tout, les vacances, vous chargez quelqu’un (une agence, un hôtel, un organisme, un club…) d’organiser tout pour vous, de l’hébergement à la nourriture en passant par les activités.

Cependant, le voyage est un système qui n’est pas plus protégé du tourisme que les vacances, surtout pas aujourd’hui à l’heure où toute une génération (ou presque) part faire un tour du monde, découvrir l’Amérique en vélo pendant un mois ou encore apprendre à plonger en Thaïlande pendant 2 semaines (that’s me, true story… c’est en faisant des erreurs qu’on apprend !).

Alors comme tout le monde, j’ai voyagé en utilisant les agences locales dans des pays touristiques, puis en allant dans des pays de moins en moins touristiques et en utilisant de moins en moins d’intermédiaires. Mais pas parce que je réfléchissais aux conséquences du tourisme sur le monde mais juste parce que j’étais de plus en plus à l’aise avec mon indépendance. Cela, jusqu’au jour où j’ai décidé de faire mon voyage d’un an. Pendant cette année intensive, j’ai fait un blocage après deux mois sur les routes de Turquie et de Géorgie. Alors que j’étais en Iran, avec deux voyageurs (des amis) tout fraîchement sortis de Paris pour un break de deux semaines, je me suis rendue compte que mon rapport aux locaux et aux activités était différent du leur. Non pas qu’ils avaient un comportement déplacé (au contraire, ils s’émerveillaient de tout et étaient dans une attitude ultra positive qui faisait plaisir à voir) mais plutôt qu’ils avaient un comportement différent du mien…. juste différent ! Ils s’émerveillaient… Pas moi !

J’ai gardé ce sentiment et les questions qui allaient avec pendant plusieurs semaines en me demandant ce qui pouvait bien m’arriver et en croyant que j’étais tout simplement blasée des jolies choses qui m’entouraient. Mais en fait non, je n’étais pas du tout blasée, j’avais juste mal à ma conscience et à mes valeurs.

Deux semaines ou 3 ou encore 1 mois (formats de voyage que j’avais expérimenté avant mon grand voyage d’un an), ce n’est pas suffisamment long pour être amèrement dégoûté de l’impact du tourisme sur la population, les écarts de classe, la culture, l’énergie ambiante, l’ouverture d’esprit des locaux, l’environnement, les animaux sauvages, la pollution, la qualité de vie etc etc. Je parle bien du drame des éléphants en Thaïlande qui sont montés et frappés tous les jours pour amuser la galerie, des milliers de kilomètres de coraux brisés et récifs abîmés sur les côtes thaïlandaises (pour ne citer que ces côtes -à), des chauffeurs de taxi du monde entier qui roulent chaque jour des milliers de touristes dans la farine, se battent une course ou encore agressent les chauffeurs privés, de ces soi-disant guesthouses à Séoul qui sous couvert d’un look jeune, fun et occidental vous font payer le même prix qu’un hôtel 2 étoiles pour dormir dans un lit superposé avec 7 autres personnes, d’une majorité des Vietnamiens de la côte qui ne vous adresse la parole que pour vous demander de l’argent, de l’occidentalisation à outrance des quartiers touristiques des grandes villes du monde entier, des loyers devenus impayables par les Portugais à Lisbonne, des enfants du Mozambique qui ne vont pas à l’école pour aller mendier aux toubabs du sucre et de l’argent… (Bref j’arrête là la liste, vous avez compris).

D’une certaine façon on s’en rend compte, on le sent, on le sait… mais c’est autre chose que de le vivre au quotidien pendant deux mois, trois mois et puis finalement un an. En fait ce qui m’est arrivé en Iran c’est que tout d’un coup j’ai pris conscience de l’impact de ma démarche sur mon pays d’accueil. J’ai réalisé que j’avais envie de voyager pour apprendre et comprendre, mais pas pour voir de jolies choses en dépit de l’impact négatif de ma présence à l’endroit où je me trouvais. Car oui, toutes nos actions, nos humeurs et tout ce qu’on dit, ce dont on rit et ce qu’on transmet à un impact sur les gens qui nous entourent et l’endroit où on se trouve à ce moment-là.

Quelques semaines après je récupérais mon amoureux qui me rejoignait, fauché, dans mon voyage et on découvrait à deux une nouvelle façon de voyager. 7 mois après être rentrée, je peux enfin vous dire que le budget de l’amoureux en question, m’a permis de me rendre compte que ce n’est pas le principe du tourisme qui salit tout mais bien l’argent et notre difficulté à ne donner à ces morceaux de papier que la valeur qu’ils méritent. La valeur en question étant simplement

Une solution simplifiée (une référence commune à une nation pour définir la valeur des choses) et légère (le papier c’est plus léger que l’or) d’échange et de troc.

Travel_voyager_expensive or cheap_cher ou bon marche_Newlife_changement_volontariat_3

 

Mais alors quelle est la solution pour voyager de façon éthique me direz-vous, et ainsi nous assurer que notre impact est positif ou limité sur le pays qui nous accueille ?  Et la réponse est : Ne pas voyager ! Ouch oui bon c’est un peu extrême mais en vrai c’est la seule solution. Mais parce que le voyage est un puissant remède contre le manque d’ouverture d’esprit (et qu’on a vraiment besoin d’ouverture d’esprit ces derniers temps) alors on peut voyager et faire les choses suivantes :

  • Voyager avec seul le montant équivalent au salaire moyen du pays où on se trouve (super facile de trouver cette info sur Wikipédia). Vous partez deux semaines dans un pays qui a un salaire moyen mensuel de 350 € ? Ok vous avez 175 € à dépenser par personne seulement, hébergement et transports inclus. Et vous aurez l’incroyable surprise de vraiment vivre le quotidien des gens de ce pays. Ca ne veut donc pas dire que vous devez vous priver de tout, mais ça vous donne une idée assez juste de l’impact de chaque centime supplémentaire que vous allez dépenser dans ce pays.
  • Ne pas utiliser de taxis mais prendre les transports en commun… Il y aura toujours une bonne âme pour vous aider à vous y retrouver. Ou faites du stop, ou voyagez en vélo… ?!? Et quand je dis “stop” je veux dire : sans rémunération aucune que votre bonne humeur, vos sourires et éventuellement le partage d’un biscuit, d’un fruit ou d’un peu d’eau.
  •  Ne pas utiliser les “agences de tourisme” même locales pour organiser votre trek, votre cours de cuisine ou votre ballade en forêt. Vous voulez randonner ? Achetez une carte et prévoyez un gros sac avec de la nourriture, une tente et des bonnes chaussures… ET portez ce sac vous-même ! Vous voulez apprendre à cuisiner ? Allez dans une maison d’hôtes (toute petite, max 4 chambres) avec des hôtes qui vous proposent un repas inclus fait maison, et demandez si vous pouvez aider.  Vous voulez une balade sur un thème spécial ? Trouvez un guide local, par vous-même ou faites du couchsurfing et demandez à votre hôte de vous aiguiller.
  • Ne pas ramener de souvenirs “inutiles” : Vous voulez ramener un sari d’Inde ? Oui mais allez-vous le porter ou l’enfermer dans un placard ? Vous voulez ramener des épices du Maroc ? Ne les achetez pas sur les marchés à épices à touristes, demandez à un local de vous indiquer où IL achète ses propres épices et allez là-bas. Vous ne pourrez pas y faire de photos et les épices ne seront pas présentées en jolies pyramides mais vous les paierez le prix juste. Et surtout évitez de faire vos achats dans les grandes villes. En campagne, il y a moins de tourisme, les prix sont donc plus adaptés aux populations locales.
  • Si vous n’allez pas dans les restaurants, essayez d’acheter local, sur les marchés et pas dans les grands magasins. Sur celle-là je dois avouer que ce n’est pas simple partout, par exemple en Europe, au Japon, en Corée du Sud, c’est un vrai défi… Le principe du marché n’est pas toujours disponible partout mais si vous aimez les pays sauvages, pas de doute sur le fait que vous trouverez un marché sur votre route.
  • Pensez à recycler vos déchets même si votre pays d’accueil ne propose pas de solution facile pour cela : enterrez vos déchets organiques, brûlez vos déchets carton et papier et pour le reste (plastique, verre, alu) essayez d’en consommer le moins possible ou demandez autour de vous si quelqu’un en veut (il arrive dans certains pays que des gens fassent du recyclage eux-mêmes pour vendre aux industries et ainsi arrondir les fins de mois).
  • Partez avec un projet personnel et allez découvrir le pays dans le prisme de ce projet. Allez faire un stage de danse en Espagne, un stage de Capoeira au Brésil (petit clin d’oeil), un stage de cuisine en Thaïlande, allez faire du volontariat dans une école alternative en Corée du Sud (la plus belle expérience de mon voyage), allez apprendre à forger à Ostiche en Belgique (deuxième clin d’oeil), allez faire de l’iaido au Japon (3ème clin d’oeil)… Bref, trouvez un apprentissage à découvrir ou perfectionner, apprenez les rudiments de la langue et cherchez une école (LOCALE et réputée) pour vous accueillir. Et si vous choisissez, comme un de nos stages, un stage de permaculture et éco-construction en Thaïlande, ayez conscience que c’est une thématique qui n’est pas du tout locale et que vous ne découvrirez donc pas ou peu la Thaïlande au travers de cette pratique mais que vous découvrirez plein d’autres choses qui peuvent aussi valoir la peine.
  • Faites confiance à votre instinct, vous verrez il est souvent de bon conseil.

Alors oui, je m’inscris aujourd’hui dans un projet touristique, dans un des pays les plus touristiques d’Europe en ce moment (qui a en plus eu la mauvaise idée de baser la relance de son économie sur le tourisme… Quand on voit ce que ça a donné en Egypte, ça fait rêver !) parce que j’ai appris des leçons ces dernières années et que je souhaite m’en servir pour créer un projet qui parle de tourisme éthique, qui parle de tourisme d’apprentissage, qui restera (même s’il fonctionne du tonnerre, who knows ?!?) un projet familial à taille humaine où la qualité de vie primera sur l’appât du gain et où les bénéfices seront utilisés à la création d’une école alternative (inch’allah).

Et pour conclure, non je ne respecte pas toutes mes recommandations tous les jours et dans tous les endroits où je vais car c’est parfois impossible. Cette liste n’est pas une ligne de conduite exacte qu’il faut absolument respecter mais juste des idées à garder en tête lorsqu’on voyage afin de faire le bon choix quand plusieurs options s’offrent à nous.

(Et si vous avez tout lu jusque-là… Je vous félicite et vous envoie un énorme coeur avec mes doigts).

A suivre…

5 Comments

  1. clap clap clap… bravo.
    C’est bien juste et c’est un peu la même lassitude que j’ai eu… lassitude de bourgeois pensais-je… Ma solution a été de partir avec un projet personnel (genre prendre des cours de capoeira au Brésil). Maintenant je me pose la question: vacances avec enfants…comment faire? pas encore trouver la réponse.

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    • Coucou Eric, Merci pour ton commentaire et ta question… Très intéressant (la maternité au passage tout ça tout ça, j’ai vraiment trop de sujets en tête ^^). Est-ce que tu crois qu’il est vraiment impossible pour des enfants de suivre le mouvement ? (Je n’ai pas d’enfants je te rappelle hein ne soit pas trop dur avec moi). Bon c’est certain que le stop à 4 c’est compromis, mais le voyage à vélo par exemple ? J’ai rencontré une famille qui l’a fait, les enfants avaient 6 et 9 ans au départ, le voyage a duré 3 ans et a commencé par l’Afrique (je peux t’envoyer leur page facebook au passage si ça t’intéresse)… Pour la nourriture, j’ai été impressionnée de voir ce que les enfants en Corée était capable de manger avec plaisir alors que même moi parfois je faisais la fine bouche. Des plats supers épicés, de la soupe à l’ail au ptit déj, des trucs à l’aspect gluant, du kimchi, du poisson cru… Et ils ont même mangé de la cuisine type française que je leur avais préparé. Ils ne sont donc réfractaire ni à l’aspect, ni aux textures, ni à la culture lorsqu’il s’agit de manger. Je me demande depuis comment ça se fait que la plupart des enfants européens soient si difficiles ? Mais du coup, quels sont les sujets qui risqueraient d’être douloureux ou compliqués avec des enfants de ton point de vue ?

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    • Et au passage, le projet personnel c’est une excellente idée tiens c’est vrai que je ne l’ai pas cité dans mes reco mais c’est ce que j’ai fait à partir de la Thaïlande. Stage de permaculture et éco-construction, stage de massage thaïlandais, Enseignement dans une école alternative…. Et c’est super éfficace car tu vis vraiment au milieu des gens, dans leur quotidien, dans les vrais quartiers etc. Je vais le rajouter. Merci :)

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  2. Comme je nous retrouve dans ce que tu écris, nous aussi nous avons longuement réfléchi sur le sujet. C’était même parfois compliqué, notamment en Afrique ou la suprématie du blanc est toujours palpable. Vouloir acheter un billet de train en 3 ème classe a presque été mission impossible. Nous avons aussi souvent réfléchi sur tous ceux qui même avec une envie de bien faire, viennent distribuer aux plus démunis… sans se rendre compte des effets pervers…
    Découvrir un pays en voulant y laisser le moins d’impacte n’est pas évident. Nous avons souvent tendance à regarder le monde qui nous entoure avec nos propres filtres, croyances, exigences, habitudes, critères… Combien de fois nous avons croisé des touristes qui résonnaient toujours comme en France, et comparaient les choses, notamment les prix à ici et qui du coup avaient une attitude qui nous a questionné bien des fois…
    Pour répondre à Eric, voyager avec des enfants est comme presque toujours, bien plus facile que ce que l’on croit, même faire de l’auto stop à 4 ne me parait pas difficile, les personnes dans les autres pays sont bien plus habituées à s’adapter à toutes les circonstances, alors prendre 4 personnes de plus dans une voiture et surtout s’il y a des enfants n’est vraiment pas un soucis pour eux.
    Eric, nous sommes à ta disposition pour échanger sur tes questionnement.
    Bises à vous deux les amoureux du vélo et de la cuisine

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    • Coucou Nathalie,

      Merci pour ton commentaire très intéressant et ta réponse rapport à la question du voyage avec enfant d’Eric.
      C’est vrai que l’Afrique est peut-être une terre où le tourisme fait les dégâts les plus visibles. Et c’est vrai qu’on ne se rend pas compte à quel point donner autre chose que son temps ou un sourire, ou encore répondre à la mendicité peut engendrer une suite de conséquences absolument désastreuses pour le pays et ses habitants. Beaucoup de choses qui partent d’un bon sentiment d’ailleurs peuvent engendrer des conséquences désastreuses.
      J’ai mis tant de temps à réaliser que répondre à la mendicité par le don d’argent, d’une pièce (tu te dis que tu peux, c’est pas grand chose pour toi… que ça serait presque criminel de ne pas donner), de quelques cents, ne va en fait créer que bien plus de malheur que l’éphémère bonheur que cela aura apporté. Bon, je ne suis pas devenue croyante entre temps mais c’est le même principe que l’histoire de Jésus avec les pêcheurs. Il avait le choix de leur donner du poisson ou de leur apprendre à pêcher… Mais si on pousse le raisonnement/métaphore encore plus loin… Apprendre à pêcher oui, mais apprendre à pêcher à la ligne parce que si tu décides d’apprendre aux gens à pêcher avec un chalutier… là tu engendres des conséquences pour l’environnement. Mais es-tu conscient de ces risques au moment où tu transmets ? Du coup… Est-on certain de vouloir apprendre à pêcher aux autres avec le risque de transmettre nos erreurs dans le processus ? Aaaargh !

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