Riot, not diets !

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Le contrôle vs le bien-être, une question sociétale à n’en pas douter

Que ce soit dans les magasines, à la télé, sur les bilboard publicitaires ou dans la bouche des gens qui nous entourent, dans quelques semaines, avec le retour du printemps, nous commencerons à entendre toutes les recettes magiques pour “perdre du poids”.

On peut retrouver la promesse d’une boisson lyophilisée contenant tous les apports nutritionnels nécessaires à notre corps, le régime soupe au choux, celui hyper-protéiné, l’anti-sucre, le régime cétogène qui est fort à la mode pour l’instant, le tout salade et tous les dérivés farfelus sur les questions alimentaires. Faire un régime est à peu près la pire idée qu’on puisse avoir lorsqu’il s’agit de vouloir perdre du poids… et d’ailleurs perdre du poids, pourquoi ?!?

Pourquoi perdre du poids est une obsession dans notre société ?

Au travers d’un billet sur la grossophobie, je vous expliquais déjà pourquoi faire l’amalgame entre “corps gros” et “corps en mauvaise santé” était bien plus que déplacé. Un corps gros peut être en mauvaise santé, de la même façon qu’un corps maigre ou mince peut être dans un déséquilibre nutritionnel très important et donc en mauvaise santé aussi. Il n’y a aucun lien entre la santé du corps et les formes. Les deux seuls liens visibles sont réellement des corps si gros ou si maigres qu’ils ne peuvent plus se mouvoir, mais dans le fond, là aussi, ce n’est pas la forme du corps qui définit le problème mais bien l’arrêt de la capacité de mouvement.

Pour autant, peu importe la forme de notre corps, nous avons cette capacité à faire une obsession sur le fait de maigrir ou mincir. La société dans laquelle nous vivons (oui je parle bien du patriarcat) aime la norme, aime les choses et les gens qui sont calibrés (oui calibrés, comme les tomates et les pommes !) car notre mode de fonctionnement n’est pas focus sur l’individu mais bien sur “le plus grand nombre”. Du coup forcément, tout ce qui ne rentre pas dans le calibre est gênant… Les gens gros prennent trop de place dans le bus, les gens grands ne tiennent pas assis sur un fauteuil de cinéma sans avoir les genoux dans le menton, les gens petits ont des difficultés à se faire voir et entendre des caissier.e.s derrière leurs comptoirs, les gens en fauteuil roulant n’arrivent pas toujours à passer seuls les obstacles de la rue… et au lieu de se dire collectivement qu’il faudrait apporter des solutions pour ces exceptions, on a souvent cette facilité à faire porter aux gens hors norme la responsabilité de leur différence en les invitant à se dépasser pour pouvoir s’intégrer.
Alors qu’il suffirait qu’on inverse notre regard et qu’on propose des solutions qui conviennent en dehors de la norme et qui apporteraient, du coup, de la diversité dans notre quotidien.

Pour en revenir à notre histoire de régime, le patriarcat n’aime donc pas ce qui sort de la norme NI ce qui n’est pas parfaitement joli et désirable selon des critères très ancrés dans les figures opposées de la dualité fille/garçon ou femme/homme. La femme doit donc être mince, de préférence avec une poitrine généreuse, doit avoir des cheveux longs et parfaitement lissés, jamais de cernes ni de rides, être toujours parfaitement prête à recevoir le 1er ministre (on ne sait jamais) et ne doit surtout pas changer au cours de sa vie de peur d’être abandonnée ou trompée par l’homme qu’elle aime en faveur d’une femme plus jeune, plus fraîche, plus désirable, d’être stigmatisée dans son emploi et ainsi accroitre le poids de son plafond de verre, être montrée du doigt parce qu’une femme grosse peut passer pour une femme qui se laisse aller et du coup “que dire de son rôle de mère si elle-même n’est pas “capable” de se contenir” (… autant d’idées reçues qui ne vivent qu’au travers de ce qu’on appelle la pression sociale) . De l’autre côté l’homme doit également être mince, plutôt musclé ou athlétique, surtout pas chauve et avoir un style concerné mais non responsable (il ne faudrait quand même pas passer pour un faible non plus !) le risque pour lui étant d’être rejeté par ses pairs et plus capable de séduire (même chose, idée reçue). C’est donc ce mécanisme qui nous pousse à constamment regarder nos corps avec un regard critique et à vouloir constamment en améliorer ses contours . Et pourtant, si notre réel moteur était de se dire qu’on souhaite surtout être dans un corps fonctionnel et fonctionnant, dans lequel on se sent libre de ses mouvements et pas dans un corps qui doit plaire à un autre idéal imaginaire… ne serait-ce pas un regard plus sain à porter sur nos pauvres carcasses qui donnent déjà beaucoup pour tous les jours nous inviter à agir ?

 

Le mode régime, l’échec à répétition 

Le régime veut que nous mettions soudainement en place un système alimentaire disruptif par rapport à ce que nous vivons au quotidien. Nous rentrons donc à cet instant même en “contrôle”. Tout d’un coup on change toutes les données, on se regarde plus, pire on se pèse, on compte les calories, on garde précieusement des preuves de la perte de poids (tour de taille, de hanche, photos témoins), on fait du sport alors qu’on n’en faisait peu ou pas avant… Et tout doucement on en oublie le plaisir. Le plaisir de manger, le plaisir de se bouger, le plaisir d’être en vie et d’avoir la capacité de vivre des aventures, le plaisir de rencontrer des gens nouveaux et tout ce qui va avec. Sauf que le plaisir fait partie intégrante de nos besoins humains et tôt ou tard il viendra se rappeler à notre bon souvenir et la spirale du “craquage” commencera ses méfaits. Car oui, “si je m’autorise à sortir du cadre complexe que j’ai créé aujourd’hui, pourquoi pas demain et puis vendredi prochain et puis finalement tous les jours”… Notre corps ayant été en mode survie les jours de régime et étant en conscience qu’il peut y avoir des périodes de disette va se mettre alors à stocker avec encore plus de vigueur et de minutie et tout doucement, tous les effets de la perte de poids vont se dissiper. Un peu comme un sportif de haut niveau qui arrête soudainement sa carrière…

Bien évidemment je ne dis pas qu’en cas de maladie nécessitant une transformation des habitudes alimentaires il ne faille pas réagir et s’obliger à changer. Néanmoins, pour toutes les personnes en bonne santé, un bourrelet n’est vraiment pas la fin du monde et si on apprécie avoir une activité physique pour le plaisir du jeu, d’être dehors, du partage, de la stratégie (…) alors qu’on se fasse plaisir et qu’on arrête de mettre le focus sur ce bourrelet qui a certainement des raisons biologiques d’exister et qu’on arrête de s’obliger à faire du sport uniquement dans une démarche de perte de poids. Et si vraiment on ne se sent pas bien dans ce corps car il ne nous donne pas tout le potentiel de développement qu’on aimerait avoir dans ses mouvements alors on peut toujours se demander quel est ce mouvement qu’on souhaiterait voir apparaître dans sa vie et aller chercher ailleurs que dans la nourriture pourquoi on se sent coincé.e. Car non, nous ne sommes pas coincé.e.s dans nos corps mais bien dans la société qui nous entoure, ses nombreuses injonctions, ses codes normatifs, son absence de liberté liée à une overdose de loyauté mal placée, les peurs qu’elle nous génère sur les questions de solitudes, de rejet du groupe, de différence… La solitude c’est bien ça permet de créer, le rejet du groupe c’est chouette, ça permet de rencontrer des nouveaux gens fascinants, la différence c’est parfait, ça invite à l’acceptation, le changement c’est positif, ça nous permet de rester curieux.ses…

Bref comme on dit “RIOTS, NOT DIETS !”