Pourquoi j’ai traversé le Caire à pied… – Egypte

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Peurs, pression sociale et rock’n roll !

map cairo_Walking distance between city star and citadel

Ou pourquoi j’ai traversé le Caire à pied, au milieu des pots d’échappement, au bord d’une voie rapide et le long des soi-disant « pires quartiers » du monde comme les bidonvilles ou le cimetière, par 35°C à l’ombre, seule et sans voile ?

Avant de démarrer mon raisonnement, je vais préciser que je ne portais pas de voile car je ne suis pas musulmane mais ma tenue était composée d’un legging noir, jambes longues, et d’une tunique longue à manches longues. Je n’étais pas en short et en top puisque, comme vous allez très vite le comprendre, mon point n’était pas de manquer de respect à mon pays d’accueil mais de prouver qu’être une femme seule dans les rues du Caire… c’est possible et ce n’est pas si compliqué.

 

Dans les derniers pays du Moyen-Orient que j’ai visité, j’ai ressenti une forte pression sociale. J’ai ressenti plein de sentiments très positifs mais cette pression sociale était nouvelle pour moi car elle était tournée sur la femme. Après avoir essayé de comprendre, parlé avec les gens et enfin essayé d ‘analyser ce que je ressentais moi-même en tant que femme seule, j’ai découvert que cette pression sociale semblait venir de la peur. Il semble même qu’elle vienne d’un bon sentiment à l’origine : l’envie de protéger. Protéger suite à la peur de l’autre, la peur de l’étranger, la peur de ce qui est inconnu et plus généralement la peur du changement. Du coup, la femme étant biologiquement moins costaud que l’homme, les hommes “protègent” les femmes des autres hommes, des pauvres, des barbares, de ceux qui n’ont rien à perdre, des voleurs, des violeurs, des pickpockets, des malades… Et tout le monde connaît quelqu’un qui connaît quelqu’un dont la femme, la cousine, la soeur, la belle-soeur ou la meilleure amie a été attaquée dans la rue pour une raison ou pour une autre, a été sifflée, touchée, agressée, ennuyée, harcelée…

Et bien moi, j’ai marché, seule, sans voile et sans niqab, plusieurs heures dans les pires quartiers du Caire en ne récoltant que des sourires, des « hello », des « salam », des expressions du visage qui voulaient plus dire « Tiens, une touriste perdue » que « Tiens, une pauvre femme seule et isolée que je vais pouvoir harceler» et des « do you need help ? » plutôt que des insultes ou encore de quelconques agressions verbales.

Ce n’était pas agréable du point de vue des conditions mais le seul moment où je me suis sentie en danger, c’était au détour d’un ruelle du cimetière du Caire* où un chien m’a foncé dessus toutes dents dehors en aboyant aussi fort qu’il pouvait. C’est un homme d’une cinquantaine d’années que je ne connaissais pas, qui est sorti d’une des maisons et a empêché ce chien de se jeter sur moi en lui lançant des cailloux… Je ne vais pas mentir, partout en Egypte, comme en Iran, on m’a regardé de haut en bas et on n’a jamais hésité à me demander d’où je viens, où je vais et pourquoi je suis là. Il y a eu des rires sur mon passage, certains hommes m’ont demandé mon numéro et j’ai même reçu des roses, des gâteaux et des bonbons . Mais je suis une curiosité puisque je suis étrangère et la curiosité n’a rien de dangereux ou de malsain selon moi (même si cela peut devenir pénible à terme). En revanche, contrairement à ce que j’ai pu entendre d’autres voyageurs ou même des gens de ces pays, je n’ai jamais été touchée, tapée, violée, poussée, on ne m’a rien volé et personne n’a jamais montré de signe d’agressivité autour de moi.

Alors oui, j’ai traversé le Caire à pied, seule et avec le sourire pour prouver à qui veut bien m’écouter que c’est possible et qu’il n’y a rien à craindre. Car je pense naïvement que si les gens arrêtent d’avoir peur, la pression sociale n’aura plus d’emprise sur eux.

 

* le cimetière du Caire est devenu une zone résidentielle. Les gens n’ayant plus les moyens de se payer un abri, logent directement dans les caveaux familiaux qui ressemblent à des maisons avec portes et fenêtres

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