La vie en communauté… toujours la même histoire !

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Mon plus grand apprentissage pendant mon mois de vie en communauté

Quand j’y repense je crois que mon plus grand apprentissage au cours de ce stage a été de me rendre compte qu’en moins d’un mois on a réussi à recréer une mini société dans laquelle peu d’entre nous ne se sentaient pleinement satisfaits, indépendants et avec le pouvoir de faire avancer la barque.

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Comme dans la société que l’on connaît, nous avions des dirigeants, les propriétaires des lieux. Ces dirigeants prenaient toutes les décisions, tranchaient, orchestraient les discussions, les activités et même les résolutions de conflits. Ils ne vivaient pas avec nous et avaient ainsi la possibilité de s’extraire de la vie communautaire à leur gré. Ils étaient aidés par des facilitateurs qui étaient finalement des sortes “d’espions” dans la communauté, à la fois dirigeants et présents dans les réunions de dirigeants et à la fois équipiers dans certaines activités. Ils avaient des privilèges comme un endroit privé où dormir et s’isoler, le fait qu’ils n’avaient pas l’obligation de participer aux tâches ménagères et avaient l’autorisation tacite de recadrer un ou plusieurs membres du groupe (aucun n’a utilisé ce pouvoir et je les en remercie). Et enfin, il y avait les équipiers auxquels on demandait de payer 550 €, dormir dans un dortoir à 17 ou en tente (pour ceux qui avaient besoin d’intimité), de se plier à un planning strict et chronomètré (sans leur demander leur avis avant de changer un élément dudit planning avec pour excuse que les dirigeants connaissent mieux le principe et “savent” donc que c’est mieux ainsi), de participer à la vie communautaire (tâches ménagères, activités, apprentissages, classes, participation à la construction des murs de la salle commune, d’un four à pizza, de la restauration du jardin du lieu…) en échange des connaissances des dirigeants et facilitateurs… Mais tout cela faisait partie du deal de départ et nous étions tous conscients des règles lorsqu’on s’est inscrit au stage.

Mais les conséquences de ce deal de départ ont été les suivantes : on devait partager nos émotions quand on nous demandait de les partager, donner de l’énergie lorsqu’il y avait écrit “natural building” ou “gardening” au tableau, faire nos tâches ménagères lorsque le groupe l’avait décidé et que ça n’empiétait pas sur les leçons, prendre soin de nous uniquement à des moments où ça ne dérangeait ni le planning ni les autres et enfin afficher un grand sourire constant faute d’être étiquetée de râleu(r)se. Très vite les équipiers ont opté pour une position dans le groupe qui leur octroyait un masque et une gamme d’attitudes qui étaient plus simples à assumer que d’aller contre les règles imposées. Et pour se dédouaner de la responsabilité de l’impact d’un tel système sur les équipiers, les dirigeants et facilitateurs nous rappelaient que nous étions “responsables d’écouter notre propre corps et nos propres besoins” tout en nous demandant d’être ponctuels, de ne pas rater les travaux de groupe, d’être présents aux “tune in” etc, de ne pas trop négliger les moments de méditation… Objectifs irréalistes et contradictoires donc.

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Si je suis d’accord pour dire qu’en un mois on n’avait pas vraiment le temps de mettre en place un système complet de vie en communauté sans dirigeants, sans règles ni planning imposé(e)s en amont mais décidé(e)s et accepté(e)s collégialement par la communauté… Je suis aussi d’accord pour dire que nous imposer un système hybride de règles strictes sans en assumer la responsabilité n’est clairement pas une solution viable. Et j’ai découvert que cette conclusion est exactement la raison pour laquelle je souhaite vivre dans un nouveau système/monde :

Parce que je ne crois pas en un système qui impose des règles très strictes dont personne n’assume la responsabilité et qu’à l’inverse je crois en un système égalitaire pour tous où chacun est responsable de ses actes et de son avenir. Car si on ne permet pas aux hommes d’être acteurs de leur propre vie alors on doit leur fournir un système prêt à consommer avec des règles identiques pour tout le monde sans possibilité de contourner ce même système (c’est-à-dire sans exception et sans ouverture à l’interprétation)… ce qui relève de l’impossible.

Et c’est bien ce qu’il s’est passé pendant ce mois à l’Ashram, chacun a fini par s’accommoder à sa façon des règles de communauté pour laisser ceux qui jouaient le jeu à fond à leurs frustrations avec un sentiment de perdre son temps à attendre les autres sur le sujet de la ponctualité par exemple, ou celui de ne pas avoir assez de temps pour soi sur le sujet de l’absentéisme aux travaux de groupe etc.

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Alors évidemment je caricature et j’épaissis le trait. J’ai plus profité, appris et rigolé que ce que j’ai souffert et subi une quelconque pression du groupe mais ce point très précis m’a permis de prendre du recul par rapport à mon histoire personnelle et m’a ouvert les yeux sur les valeurs que je prône et la société dans laquelle j’ai grandi. Et surtout cette expérience et cet apprentissage m’ont permis de découvrir le monde que je souhaite soutenir et favoriser, un monde 100 % égalitaire dans lequel on laisse à ses membres la possibilité d’être eux-mêmes et de contribuer à leur façon, à leur rythme et sans leur coller d’étiquette positive ou négative pour récompenser ou punir leur différence. Un système où les gens sont vrais et où personne ne porte un masque (peu importe qu’il soit de Zorro, de diable ou de princesse au coeur tendre) ou ne subit une étiquette.

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