Emotions, alimentation – Nommer & sublimer

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Les émotions négatives ou positives ont plein de choses à nous apprendre

Vous avez certainement déjà entendu cette quote, ce titre de livre ou d’essai qui dit “Pour manger sainement, arrêtez de manger vos émotions”… Facile me direz-vous, encore faut-il savoir reconnaître nos états émotionnels. Et si en fait, le challenge était plutôt de regarder ce que nous mangeons pour avoir une information sur l’émotion qui est en train de nous traverser ?

Je m’explique…

 

Nous vivons dans un monde (oui, oui, le patriarcat toujours) où les émotions sont vues comme des aveux de faiblesse. Une personne qui laisserait une émotion transparaître de façon trop assumée serait automatiquement vu comme incapable de “gérer”, prendre sur elle, incapable de réfréner ses émotions.
“Réfréner” oui, c’est bien ça le problème, nous avons appris et continuons à nous forcer au quotidien à ne pas ressentir nos émotions. Nombreux d’entre nous sont même incapables de les reconnaître et de les nommer. Pourtant, nous sommes réellement tou.te.s des êtres humain.e.s et avec ça vient une palette de couleurs (colère, joie, dégoût, tristesse, frustration…) que nous ressentons même si nous nous interdisons de l’exprimer.
Nous avons tou.te.s été éduqué.e.s comme ça. Nous sommes tou.te.s les enfants du patriarcat, les grandes perdantes de ce systèmes étant les personnes qui ne rentrent pas dans la norme (norme = homme, blanc, cis, hétéro) à qui on demande d’être souriantes, arrangeantes et de compenser les tempéraments conquérants de leurs confrères et congénères. Pour caricaturer, les petits garçons et donc les hommes ont quand même le droit à la colère (afin de les rendre compétitifs) et les petites filles et donc les femmes ont quand même le droit à la joie mais pas trop fort (pour les rendre compatissantes) mais pour le reste, tout doit être caché.
En cas de débordement, nos congénères saisiront toujours bien une occasion de nous rappeler que “je ne suis pas ton psy, merci, bisou”. C’est vrai que nous sommes des adultes, il en va de notre responsabilité de guérir nos propres émotions mais parfois le vase est trop rempli, les circonstances ne sont pas favorables, on a juste pas appris à le faire ou tout simplement on se demande si c’est bien normal de nier cette part de nous qui fait que nous sommes humain.e.s.

Et au delà de ça, le grand malheur de l’émotion réprimée, c’est qu’elle continue à exister dans notre esprit, se transforme en stress oxydant au niveau biochimique et finira par venir s’imprimer dans notre corps, dans notre chaire, dans nos os et dans nos blessures psycho-somatiques, justement parce que nous les “gardons à l’intérieur”  ==> Maux de genoux, maux de tête, maux de ventre, maux de chevilles, maux de dos… nous avons tou.te.s mal quelque part !
Et si nos douleurs nous en disaient long sur ce qu’on a oublié d’exprimer ?!?

Pour en revenir à l’alimentation… Parfois on est juste incapable de cuisiner, on ne sait pas avec quoi ou comment se nourrir convenablement, on doit apprendre. Parfois on ne comprend pas les règles de santé, on doit aussi apprendre. Et parfois, lorsqu’on a été habitué.e à réprimer ses émotions depuis trop longtemps et qu’on est donc déconnecté.e de notre capacité à reconnaître ce qu’on est en train de ressentir, il est possible que cette surcharge émotionnelle se transforme en comportements alimentaires qui nous font du mal (attention, ici je parle bien de nos comportements et pas de nos formes, ni de ce qu’on met dans nos assiettes).

Manger gras (peut être lié à de la colère – Mais ceci n’est pas une vérité universelle), manger sucré (peut être lié à de la tristesse – Idem, pas une vérité universelle), trop ou pas assez se sustenter (peut être lié à un excès de stress ou de fatigue émotionnelle – Idem), manger de façon frénétique (peut être lié à une ou des peurs – toujours la même chose)

Le vrai défi ici n’est pas de stopper ces comportements en essayant de se convaincre que tout va bien, augmenter le contrôle et finalement se restreindre (ce ne serait que réprimer encore plus ce que l’on ressent) mais bien de reconnaître d’où viennent ces comportements, les conditions qui favorisent leur apparition, les regarder, les accepter, savoir qu’ils ne sont qu’une façon pour nous de nous connecter à notre mode de survie, les accueillir et enfin

les remercier d’être notre soupape de sécurité, d’être notre façon à nous d’éviter d’arracher les yeux de la personne qui nous a blessé ou de mettre le feu à la société qui ne nous donne pas ce dont nous avons besoin pour nous épanouir, éviter de pleurer pendant des heures sur notre sort ou celui des gens que l’on aime et/ou éviter de persifler et répandre notre dégoût sur la collectivité.

Je vous rassure, on fait tou.te.s, “tout ça” à certains moments de notre vie, de nouveau, nous ne sommes que des êtres humain.e.s (enfin l’arrachage d’yeux et le feu dans la société doivent de préférence rester métaphoriques sous peine de filer illico du côté obscure de notre système répressif… on ne veut pas le chaos, on veut la paix !) mais oui, nous sommes tou.te.s constamment en train d’exprimer ou non des émotions, de les ressentir, de les transformer ou non en douleurs, en maladies, en comportements qui en disent long sur la puissance de ce que l’on vit. Et pour être honnête, je m’inquiète moins pour ceux qui embrassent toute la puissance de leurs émotions même si c’est dans une tablette de chocolat que pour ceux qui font comme si tout allait bien en s’interdisant d’écouter les larmes de leur enfant intérieur…
C’est donc en reconnaissant nos états émotionnels et en les nommant qu’on va pouvoir les transformer… grâce aux professionnels dans ce domaine comme les psycho-nutritionnistes ou les psy tout court avec un accompagnement en conseil en nutrition humaine sur les aspects pratiques.

L’étape suivante, si nous souhaitons aller vers des interactions avec l’alimentation moins corrélées à nos émotions, est donc de trouver comment remplacer ces comportements alimentaires par de nouveaux comportements ( on en arrive enfin à “arrêter de manger vos émotions”):

  • Dans l’expression verbale de ses émotions au moment où elles surgissent (au départ, il y aura du chaos, des rires, des cris, des larmes… c’est comme ça, c’est pas grave pour peu qu’on sache reconnaître qu’il nous arrive de dépasser les bornes et d’en rire un bon coup. Et puis, ça s’améliore avec le temps !)
  • Dans une activité artistique (écriture, chant, musique, sculpture, théâtre, danse, dessin…)
  • Dans une activité sportive (course, vélo, marche, boxe, jujitsu, plongée…)
  • Dans une activité professionnelle (se diriger dans le domaine qui pourrait répondre à ce que nous avons besoin d’exprimer)
  • Dans une activité militante (tenter de ramener la justice là où nous (ou des personnes que nous aimons) avons vécu des injustices, faire bouger le monde, la société)
  • Dans une quête spirituelle (méditation, yoga, retraite, astrologie, voyance…)

Certainement d’autres façons auxquelles je ne pense pas également… ou un combo de tout ça et de rendre à l’alimentation son rôle, celui de nous fournir le fuel quotidien de notre corps.

Et n’oublions pas, ce qui nous permet d’ailleurs de rester humain.e.s, c’est justement notre capacité à transformer l’essai et à constamment avancer, une émotion après l’autre, un rêve après l’autre, un besoin après l’autre, une limite après l’autre, fort.e de l’espoir que tout est possible si on y met toute sa volonté, si on ose briser les codes, si on ose affirmer nos besoins en créant quelque chose de nouveau. Ce n’est pas tous les jours possible mais

Il existe tout de même une vérité, il me semble, qui est que les émotions (de préférence positives) nous rassemblent et sont des moteurs très puissants de transformation du monde qui nous entoure… Alors ressentons, exprimons clairement, transformons brillamment… Nous, notre système, notre société !