Manger seul.e… Un acte politique ? Social ? Les deux ? (3/4)

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Parce que chaque petit geste que nous faisons est un acte engagé…

Cet article va être écrit et posté en 4 étapes. Rendez-vous chaque mercredi à 11h à partir du 02/01 pour découvrir mes réflexions, défis et recettes sur la question de “manger seul.e” et les différentes représentations que cet acte peut ou pourrait avoir selon vous, la société ou moi dans notre rapport à nos assiettes et à notre table…

Mais donc pour vous… “Manger seul.e”, c’est plutôt…

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Manger seul.e un acte politique… comme un air de féminisme dans tout ça !

Manger seul.e... Comme un acte politique pour l'égalité des genres ?

Et si on osait parler des inégalités de genre ? Et si j’osais vous dire que je suis féministe doublée d’une sorcière parce que je rêve d’un monde où on ne me regarde plus comme une femme mais bien comme un être humain. Un monde dans lequel il n’y a pas de rapport de domination et seules les personnalités, les intérêts, les connaissances et les idées peuvent s’exprimer.

Osons utiliser le mot de “dictature” du patriarcat et de son influence sur le rapport aux corps, le rapport à l’autre, le rapport à la différence. Osons ouvrir le sujet de la “femme/mère nourricière” et des inégalités entre hommes et femmes quant à la charge mentale, le salaire, le rapport à l’autorité et à la culpabilité. Osons utiliser le terme “objet sexuel” pour nos pauvres corps de femme qui sont constamment regardés, analysés, épiés par les hommes comme objet de désir ou par les femmes comme objet de comparaison et de référence…
Osons prononcer le terme de “troubles alimentaires”, des régimes à outrance que nous ont imposé nos docteurs/nos magazines/les pubs à la télé ou à la radio/nos mères/nos tantes/nos soeurs (…) dés notre plus jeune âge et qui ont participé à notre incapacité à regarder nos corps pour ce qu’ils sont (un réseau de cellules complexe qui, pour un être hétérotrophe est une réponse à son besoin de se procurer sa matière organique en la prélevant sur d’autres organismes vivants, morts ou sur les restes d’autres êtres vivants).
Osons regarder en face le fait que la femme seule et indépendante, la sorcière des temps modernes  en quelque sorte comme l’appelle Mona Cholet, est toujours aussi effrayante ou attirante et donne aux hommes des envies de “mâter” la brebis galeuse à grand renfort de jeux de manipulation psychologiques, linguistiques ou physiques…

Osons enfin nous demander quel est notre rôle à nous, adultes, parents, enseignants, modèles pour les générations futures dans ce que nous nous accordons encore à supporter, à accepter ; dans ce que nous voulons transmettre aux générations de femmes qui vont passer derrière nous… Quelles conditions de vie voulons nous leur donner ? Souhaitons-nous faire d’elles des êtres libres de penser et d’agir ou souhaitons-nous faire d’elles des oppresseurs ou des opprimées ? Allons-nous élever nos filles comme des garçons, comme des filles ou allons-nous enfin sortir de la guerre des genres, rendre au corps sa fonction biologique et assainir nos égos et désirs de possession ? Que voulons-nous que le corps de nos filles racontent…? Voulons-nous vraiment qu’il continue à être leur carte de visite superficielle et inadaptée à un monde qui a pourtant franchement tant besoin d’humanité ?

Alors ici, Greta ne parle pas de féminisme  ou d’égalité des genres mais d’environnement… et moi dans son discours je ne peux surtout pas m’empêcher d’entendre qu’elle nous attend nous, les adultes, au tournant. Et je ne peux non plus m’empêcher de me dire que notre révolution environnementale on ne pourra la vivre qu’en laissant tomber l’égo, et que laisser tomber l’égo ça commence par sortir des rapports dominants/dominés (Parents/Enfant en analyse transactionnelle, rôle hiérarchique, système politique, classes sociales, système racial…), et donc laisser tomber le patriarcat (écoutez-la, vraiment) :

On ne peut pas résoudre une crise sans la traiter comme une crise. Nous devons garder les énergies fossiles dans le sol et nous devons nous concentrer sur l’équité (concept très différent de celui d’égalité). Et si les solutions dans le système sont si impossibles à trouver… alors peut-être devons-nous changer ledit système. Nous ne sommes pas ici pour supplier les dirigeants de se sentir concernés, vous nous avez ignoré par le passé et vous continuerez à nous ignorer, vous êtes à cours d’excuses et on est à cours de temps. Nous sommes ici pour prévenir que le changement est en-cours, que ça vous plaise ou non.

Alors voilà, comme partir voyager seule pour une femme n’est pas anodin, comme attendre de son conjoint qu’il prenne équitablement la moitié de la charge mentale du foyer est encore presque tabou, comme recevoir un salaire égal à celui de son homologue masculin même si l’argent n’est pas notre moteur est culpabilisant, comme dire qu’on est féministe n’est pas si facile que ça à assumer de peur d’être rangé dans une case supplémentaire qui nous ostracise un peu plus vis à vis de la société, manger seulE est un acte politique facile parmi tant d’autres qu’on a le droit (et peut-être bien le “devoir”, justement pour ces générations de filles qui nous suivent) de poser en tant que femme. Et d’après moi, il ne peut faire que du bien à la “pression sociale”.

Quelques questions clefs : Que ressentez-vous lorsque vous apercevez une femme seule au restaurant ? Et un homme seul ? Que ressentez-vous lorsque vous vous imaginez manger seule au restaurant ? A votre avis, à quoi on pense lorsqu’on se retrouve comme ça en public face à son assiette ?

A ce sujet, voici mon humble témoignage, recueilli par Elisabeth et Axelle à l’occasion de l’épisode “Manger seul.e” pour saladetout podcast. Après de nombreuses heures passées seule à des tables de restaurants en voyage ou même après quelques épisodes seule à table ici, à quelques pas de chez moi, voici ma vision des choses…

J’ai tendance à être très empathique et quand je mange en groupe, c’est pour moi finalement un moment de partage au travers duquel je donne de l’espace aux autres, j’écoute, je réagis et je commente mais je ne me concentre ni sur moi, ni sur ce que je mange.

Il y a des moments dans ma vie où j’ai privilégié le format “seul.e au restaurant”, comme par exemple pendant mes deux ans de voyage où j’étais assez régulièrement seule sur les routes. Cela m’a permis d’apprendre à apprécier ma solitude devant mon assiette et m’a permis de découvrir les mets locaux et petites tables et adresses sympas. Par contre, j’ai pu remarquer que le sentiment pour moi, femme seule au restaurant à l’autre bout du monde, n’était pas le même en fonction de l’endroit où je me trouvais. Certains endroits me laissaient un sentiment de “maîtrise” (empowerment) et d’autres endroits me laissaient un sentiment parfaitement inverse comme la sensation d’être une petite chose fragile et en danger.

De tout ça j’ai finalement tiré cette conclusion que ce sentiment d’être “une petite chose fragile” ne venait pas de moi et surtout n’était pas acceptable. Oui, j’ai des vulnérabilités, comme tout le monde, hommes et femmes, l’être humain n’est ni parfait, ni magique, ni Dieu, ni exempt de doutes. Mais je suis une adulte, je sais ce que je fais, je sais où je vais, je sais demander de l’aide quand j’ai confiance dans mon environnement et je suis aux commandes de mon avenir tous les jours. Je sais prendre des décisions et je sais reconnaître que je me suis trompée quand j’ai confiance dans mon environnement (2ème fois, important), bref je suis tout sauf “fragile” dans ce que cette injonction a d’immuable.

Une conclusion en apportant une autre, OUI, je devrais pouvoir me sentir sécure et en contrôle absolument partout dans le monde (moi et tout individu finalement, peu importe son genre, sa couleur, sa nationalité, ses idées politiques, sa religion…). Mais alors pourquoi j’étais parfois mal à l’aise ?

Les endroits qui me mettaient mal à l’aise étaient souvent des endroits dans lesquels il n’y avait pas de femmes du tout ou alors des endroits dans lesquels on me dévisageait et me lançait des regards désapprobateurs. Et le parallèle en Belgique est vrai (Il n’y a qu’à écouter les témoignages de nouveau du fameux épisode “manger seul.e” du génialissime podcast “saladetout” pour vite comprendre combien il est urgent de briser ce tabou).

J’ai donc eu cette idée, peut-être un peu naïve, que j’allai aller seule au restaurant, régulièrement, même près de chez moi, pour inviter les autres femmes à briser leurs chaînes autours de ce thème… Parce que je peux être seule dans un lieu où il y a du public et être moi, sans mes fragilités, sans doute, sans stress et parce que l’alimentation dans l’histoire de la femme est un vrai symbol d’oppression (on en reparlera) ! Et encore mieux, à ce titre, j’ai le droit absolu d’en avoir rien à faire de ce qu’en pensent les gens… Et enfin, pour asseoir un premier acte politique sur le thème de la libération de la femme, “seule au restaurant” est quand même un acte accessible, voire facile et qui peut être une grande source de bien-être.

Car oui, au delà de l’aspect politique, à chaque restaurant en solitaire, puisque j’adore manger et découvrir, j’en profite pour m’offrir un endroit un peu spécial, inconnu, où je sais qu’on va me raconter une histoire au travers des mets qui vont défiler devant mes yeux et sur mes papilles. Je me concentre donc uniquement sur moi, sur ce que je ressens à l’intérieur, les odeurs, les couleurs, les formes, la beauté et l’élégance, les textures et les goûts… Pas de quoi faire de la place à ce que pensent les gens de ma solitude, de ma démarche, de mon corps ou de mon look donc !

Un petit défi pour asseoir cet acte politique  ?
Un repas au restaurant seul.e avec soi-même : Et vous ? prête à relever ce défi d’un repas seule au restaurant ? Dans votre ville ou ailleurs ? Et y a-t-il des hommes parmi nous ? Qu’en pensent-ils eux d’un repas au restaurant en tête à tête avec eux-même ? Et quelle serait leur réaction en voyant une femme seule au restaurant ?

Un repas durable, un vrai : Et si jamais le repas seul.e en public est encore une étape un peu effrayante, il y a d’autres actes politiques dans l’alimentation, des très grands et des tout petits. Que diriez-vous d’un repas vraiment durable?!? Des produits uniquement locaux, bio, pas de viande (mais ok pour les protéines animales comme le fromage, le lait…) achetés dans un magasin de proximité ou sur un marché (pas de chaîne donc, même si elle est bio…. encore plus challenging) et préparé à 100% par vous.

Quelques recettes au cas où pour vous accompagner dans cette démarche : recettes autour du tofu, Bulgur façon taboulet, tartinade vegan et pain maison, potagessoupes, Salades

Et si vous tentez un de ces défis, n’hésitez pas à me raconter comment vous avez adapté ces quelques idées et ce que cela a apporté pour vous, votre foyer et votre vision du repas seul ou de l’autonomie alimentaire.

Prochaine étape, manger seul.e comme acte pour soi… à la semaine prochaine !