Obésité et changement climatique, même combat…

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Un titre parfaitement racoleur pour une magnifique performance de white/rich/mansplaining et autres skinnytears…

Ce matin (jeudi 31 janvier), on m’a envoyé le lien vers cette discussion de l’émission “le mag rédac” de BX1 et mon sang n’a fait qu’un tour (ne pas cliquer en mangeant sous peine d’expérimenter de violentes nausées) .

Par où commencer… Vraiment monsieur De Schutter, professeur en droit international UCL, Jean Nève, président du Conseil supérieur de la santé, et Anne Reul, secrétaire générale de la Fédération de l’industrie alimentaire belge (Fevia), vraiment, vous êtes certains, il n’y avait que ça à dire ? Que cet angle à prendre ? Que cette discussion à avoir ?

Mais du coup par où commencer…. Par le fait qu’on considère que l’obésité est une pandémie ? Par le fait que le but de cette soit-disant grandiose étude prend enfin un spectre large d’analyse pour attaquer le sujet de l’obésité quand en fait le spectre n’est composé que de 3 malheureux éléments qui ne sont même pas la couche de vernis sur la question “du poids” (obésité, climat, sous-alimentation) ? Par le fait que les gens autour de la table, ces soit-disants experts sont blancs, de CSP supérieur, au dessus de 40 ans ET minces (non mais c’est vrai, pourquoi parler d’obésité avec les gens concernés en fait, pourquoi ramener à l’humain une discussion qui parle en fait d’humains…? Quelle hérésie ! Ou peut-être ces 3 personnes ont été obèses à un moment de leur vie ?)…

Hé bien voilà en fait, commençons comme ça et demandons-nous en quoi chacun de ces points fait mal à l’humanité.

 

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Illustration par Laurence Bentz sur l’article de slate “pourquoi déteste-t-on les gros” ?

L’obésité est une “pandémie”…

Pourquoi considérer l’obésité comme une maladie ? Pourquoi considérer qu’il faut “trouver une solution” à l’obésité ? Pourquoi toujours considérer que les obèses sont des gens en mauvaise santé ?

Les brutes ont d’ailleurs fait une vidéo à ce sujet avec 2 militantes contre la grossophobie, prenez le temps de la regarder, tout va devenir plus clair :

OK donc maintenant sur ce sujet on est tous d’accord pas vrai, l’obésité n’est pas une pandémie, n’est pas un signe de mauvaise santé (ça peut mais ce n’est pas obligatoirement le cas) et surtout l’obésité ne doit pas être traitée au niveau macro. Ce qui gène le patriarcat avec les gens gros, c’est qu’ils sont différents, en minorité, facilement stigmatisables… voilà c’est dit ! En résumé, la différence sort de la norme et tout ce qui sort de la “norme” effraie et mérite donc d’être “traité” par les grands penseurs super normés… hé bien en fait NON, CQFD !

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Regrouper obésité, climat et sous-alimentation dans “le même combat” et avoir la sensation qu’on vient enfin de trouver un angle “global” géniesque qui mérite un prix nobel…

Le poids est un combat individuel (un être humain et son rapport à son corps), le climat est un combat sociétal (la société dans son entièreté et son impact sur la planète), la sous-alimentation est un combat social (apprentissage et éducation de l’autonomie alimentaire dés le plus jeune âge)… Je devrais presque m’arrêter là en fait, voilààààà ! Bref, donc ces 3 élèments ne SONT PAS LE MÊME COMBAT !

Le poids est un combat qui n’engage que chaque individu dans son rapport à SON corps. Chaque personne devrait être libre de faire le poids qu’elle veut en fonction de la vie qu’elle mène et ça ne regarde en rien le reste de la société qu’il y ait un impact médical pour cette personne ou non. J’ai déjà entendu lors de ma formation que “le poids” devait devenir notre problème à tous car il “coûte cher à la société en soins de santé” et bizarrement moi je serai curieuse de mettre face à face la part du coût en soins de santé de ce qu’on considère être le surpoids et celui du stress au travail ou de la dépression, deux phénomènes liés aux violences patriarcales comme les jeux de pouvoirs, les rapports de domination, la pression financière, de temps, le perfectionnisme, la course à la réussite, la performance, la compétition…

Et le poids est définitivement bien plus qu’une simple équation alimentaire ou environnementale, le poids est lié à des aspects culturels, sociaux, psycho-somatiques et émotionnels qui ne peuvent en aucun cas être négligés. Je vais donc me répéter mais le poids est un sujet humain à échelle individuel, pas un sujet sociétal !

Pour autant je reconnais qu’alimentation et climat sont liés sans aucun problème comme j’en ai parlé dans mon précédent article sur l’alimentation vivante. Et je me place définitivement du côté des militants pour l’éducation dés le plus jeune âge sur ces 2 sujets car je suis intimement convaincue que c’est par la conscience et l’autonomie qu’on fait avancer les choses… Mais joindre obésité et climat est définitivement une ligne à ne pas franchir pour des raisons humaines… WARNING guys !

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Parler d’obésité entre gens minces…

Une des grandes passions du patriarcat est de ne laisser la parole qu’à l’élite parfaitement normée, autrement appelée “l’entre soi”. Sur ce sujet, Sylvia Falcinelli de la RTBF s’interroge sur la place laissée aux femmes dans les médias ici par exemple et ce même questionnement pourrait avoir lieu sur la question de la place de n’importe quel fragment de la population non “normée” dans n’importe quel domaine public comme par exemple la politique, l’art, l’éducation universitaire, l’espace public…

En résumé, le patriarcat aime écouter une minorité de gens, considérée comme l’élite (ou les “experts”) parler de sujets qui ne les concernent pas comme le racisme, l’obésité, l’homosexualité, la monoparentalité, la pauvreté… Et le patriarcat aime beaucoup écouter ces gens trouver des solutions à des problèmes qu’ils ne comprendront jamais en se basant sur des études chiffrées qui ne reflèteront donc jamais les aspects humains, émotionnels, psycho-somatiques… (d’ailleurs, suis-je moi même légitime pour écrire cet article et ne suis-je pas moi-même en train d’oublier certains éléments…?)

Alors rendons le micro aux gens concernés, écoutons les nous raconter, s’ils le souhaitent, comment ils le vivent, ce que nous pourrions faire, chacun d’entre nous, pour rendre leur quotidien un peu moins pénible (dans les transports en commun, dans les lieux publics, à l’école, au travail… vidéo des brutes ci-dessus par exemple pour commencer à comprendre), donnons leur de l’espace dans le débat si nous souhaitons comprendre pourquoi et faisons preuve d’humilité face à notre rapport au corps. Comme le disait une des militantes dans la vidéo des brutes “être gros” et “se sentir gros” sont deux choses très différentes et les gens qui luttent contre la grossophobie luttent plus largement pour l’acceptation des différences alors… MERCI !

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Alors voilà, moi tout ça me fait mal à mes valeurs et au ventre (c’est le cas de le dire). Et pourtant, je ne vous ai même pas encore parlé de l’utilisation des mots comme “état d’urgence”, “radicalisme” ou “faire les choses vite” quand on parle d’un sujet lié à l’humain. Comme si l’être humain était capable de prendre un virage à 180° en 48h (enfin… certains d’entre nous peuvent, mais croyez-moi, ils ne sont pas nombreux…. vraiment pas nombreux et certainement pas en poste au même endroit sur la même thématique depuis 30 ans… c’est la poêle qui se fout du chaudron cette vidéo… non mais !). Je n’ai pas encore parlé non plus de limiter  le sujet “industrie agro-alimenatire” aux snacks, boissons gazeuses, sucre, sel et viande ou à l’aspect économique de cette machine infernale (qui a dit décroissance, additifs, marchés parallèles, saisonnalité, contenants, transparence, économie circulaire…) ?

Mais aujourd’hui je m’arrêterai là car c’est déjà bien assez à digérer pour un jeudi…